Arlette Laguiller
Porte-parole de Lutte ouvrière.
Si vous étiez élue le 6 mai, quel serait votre programme de gouvernement ?
Je ne peux être élue que s'il y a un puissant mouvement social entre les deux tours obligeant le patronat à céder sur certains acquis. Elue, ma première action serait d'interdire les licenciements collectifs et d'obliger les entreprises à utiliser leurs profits pour financer le maintien des emplois. Ensuite, nous augmenterons tous les salaires de 300 € pour rattraper la baisse du niveau de vie. Le smic passera, lui, à 1 500 € net. L'Etat doit créer un grand service public du logement qui réquisitionnera des terrains constructibles de la même manière que lors de la construction d'une autoroute ou d'une ligne TGV. En deux ans, on peut créer des habitations pour les 1,2 million de personnes sur les listes d'attente des HLM.
Comment financer toutes ces mesures coûteuses ?
Il faut supprimer toutes les aides aux entreprises. Pour la seule année 2006, cela équivaut à 65 milliards d'euros. Je suis également pour augmenter l'impôt sur les sociétés, afin qu'il revienne des 35 % actuels à 50 %, ce qu'il était sous Giscard, pas exactement un homme de gauche. Cette année, les entreprises du CAC 40 ont généré 100 milliards de profit dont 41 % ont été distribués aux actionnaires. Une partie au moins de cet argent devrait servir à la collectivité. Les niches fiscales seront également supprimées.
Selon les projections actuelles, la gauche n’a pas totalisé aussi peu de voix depuis 1969…
Si la gauche avait donné le droit de vote aux immigrés, une grande partie de la classe ouvrière pourrait s'exprimer et nous n'en serions pas là aujourd'hui.
Quel rôle peut jouer la candidature de François Bayrou ?
Si des électeurs de gauche envisagent de voter pour lui, c'est bien qu'ils ne doivent pas voir une grande différence entre son programme et celui du PS. Bayrou a toujours été un homme de droite, il a toujours soutenu le gouvernement actuel. L'UDF est l'alliée de l'UMP.
Qui porte la responsabilité de la division de l’extrême gauche ?
L'échec du rassemblement des collectifs antilibéraux était prévisible. Le « non » au référendum européen n'était pas un ciment politique suffisant pour rassembler des gens aussi différents que Jean-Luc Mélenchon, José Bové et Olivier Besancenot.
En 2002, vous n’aviez pas appelé à voter Chirac contre Le Pen. Cette fois allez-vous donner des consignes de vote pour le second tour ?
Je répondrai le soir du premier tour. Au second, on vote plutôt par élimination que par conviction, il est certain que je n'appellerai pas à voter à droite.