Une émotion à la mesure d'un parcours quasi légendaire. Hier, les plus hautes autorités du pays ont rendu hommage à Lucie Aubrac. Cette héroïne de la Résistance, et incarnation du courage pendant toute une vie de militante, est décédée mercredi à l'âge de 94 ans à Issy-les Moulineaux. « L'une des grandes figures de la République » d'après Ségolène Royal, « visage de la liberté, du courage et de l'amour » pour Nicolas Sarkozy, rempart « contre le défaitisme et le renoncement » selon Jacques Chirac : de nombreuses voix ont dressé un portrait élogieux de cette forte tête née en 1912 dans la région de Mâcon.Sa légende repose d'abord sur la manière rocambolesque dont elle fait évader son époux, Raymond, en plein coeur de Lyon en 1943. Au bluff, elle réussit à obtenir de Klaus Barbie - chef local de la Gestapo - le droit de rendre visite à son mari en prison. Et en profite pour glisser ses plans à son époux : elle le fera évader avec quatorze autres résistants lors d'une opération commando réalisée pendant un transfert de prisonniers. C'est précisément cet épisode romanesque qui inspire à Claude Berri son film Lucie Aubrac en 1997.Gravée sur la pellicule, la notoriété de la résistante franchit un nouveau seuil dans la mémoire nationale. Mais son engagement avait survécu à la Seconde Guerre mondiale : solidaire des sans-papiers, cette ancienne professeur d'histoire-géographie écumait aussi collèges et lycées pour convaincre les jeunes de s'inscrire sur les listes électorales et de voter. Et si d'aventure un élève insistait trop sur la noblesse de son parcours, elle avait coutume de répondre qu'elle n'était « qu'une parmi d'autres ».