PRESIDENTIELLE – Politologues et sondeurs expliquent l’élection à venir dans un…
A l’occasion de la sortie de l’édition 2007 de
l’Etat de l’opinion, publié par l’institut
TNS Sofres, sondeurs, politologues se sont retrouvés pour décrypter quelques enjeux majeurs de l’élection présidentielle à venir.
Une élection nouvelle?
«Surtout ne la comparez pas aux précédentes», annonce d’emblée Brice Teinturier, directeur général adjoint de TNS Sofres, pour bien marquer la singularité du futur scrutin. Qu’on se le dise, 2007 ne ressemblera à rien de connu. «Pour la première fois depuis 1981, elle n’a pas lieu en sortie de cohabitation. Il n’y a pas d’affrontement autour d’un bilan, qui emprisonne les candidats.» Cette élection est celle des premières, tant Nicolas Sarkozy que Ségolène Royal se présentent pour la première fois. «Il faut regarder cette présidentielle avec des lunettes différentes», conclu Brice Teinturier. Le tout est de trouver la bonne paire.
Quelle est l’image de Nicolas Sarkozy?
Le candidat UMP est un homme à part dans cette élection présidentielle: deux fois ministres de l’Intérieur, ministre de l’Economie entre temps, Nicolas Sarkozy réussit le tour de force de ne pas apparaître comme un sortant. «Sa stratégie un pied dedans, un pied dehors a parfaitement fonctionné», souligne Pascal Perrineau directeur du
Cevipof (Centre d’étude la vie politique française). «Une majorité de Français associe à Nicolas Sarkozy l’image d’une autorité régalienne, d’une volonté réformatrice et d’une conviction forte», ajoute-t-il avant de tempérer aussitôt: «Les traits positifs de cette image ont aussi leur envers: l’autorité peut rassurer mais aussi diviser, la conviction peut attirer mais aussi être considérée comme ne laissant pas suffisamment de place à l’écoute.» A charge pour le ministre de l’Intérieur de convertir cette image en votes.
Qui soutient Bayrou?
Le candidat UDF arrive maintenant à rassembler bien au-delà des «authentiques centristes», qui ne représentent que 10% de l’électorat selon Brice Teinturier, de TNS Sofres. «Et encore, au début, il ne faisait pas le plein.» Son ascension s’est déroulée en deux temps. Tout d’abord au moment des «gaffes de Ségolène Royal, les CSP+ de gauche l’ont rejoint.» Le deuxième moment de sa montée en puissance a lieu quand François Bayrou présente son programme. Le candidat UDF «capitalise alors sur l’ensemble des classes sociales, sauf les ouvriers.» Brice Teinturier est catégorique: «même si le vote Bayrou est un vote souvent de protestation, il n’y a pas de transfert du FN vers l’UDF. Le vote Bayrou est un vote de protestation qui peut être utile.» C’est-à-dire un vote «contre le système» mais qui pourrait aboutir à un résultat positif, en l’occurrence la possible victoire de François Bayrou.
La gauche est-elle vraiment en recul?
C’est une surprise des enquêtes d’opinion: si Ségolène Royal est assez haut dans les sondages, les autres candidats de gauche grenouillent dans les bas-fonds, ce qui ne donnerait pas un réservoir de voix suffisant à la candidate socialiste au second tour. Les auteurs de l’Etat de l’opinion ont tenté de modérer cette impression. «Tout d’abord, cette tendance n’est pas nouvelle, souligne Brice Teinturier, la population française vieillit, elle aurait tendance à voter de plus en plus à droite. Enfin le vote protestataire ne s’exprime plus dans le vote extrême, que ce soit à gauche ou à droite: «aujourd’hui, très peu d’électeurs ne sont pas protestataires, explique Olivier Duhamel, professeur des universités à Sciences Po. Il y a des électeurs complètement protestataires, et des électeurs protestataires intégrés. D’ailleurs, maintenant, tous les candidats ont une dimension de protestation, même Royal et Sarkozy.»
Pierre Koetschet