L'acquitté d'Outreau est redevenu huissier

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Publié le 14 mars 2007.

JUSTICE – Alain Marécaux, revêtu de la robe noire, a prêté serment...

Plus de cinq ans après avoir dû abandonner son métier du fait de son incarcération dans l'affaire de pédophilie d'Outreau, Alain Marécaux est redevenu mercredi huissier de justice, «une résurrection professionnelle», selon lui.

Dans une salle du tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), où étaient réunis nombre de ses proches parmi lesquels ses deux fils et son père, Alain Marécaux, revêtu de la robe noire, a prêté serment de «remplir (ses) fonctions avec exactitude et probité», en levant la main droite et en disant «je le jure». A ce moment-là, «les larmes sont arrivées (...) je me suis dit, je suis là de nouveau, la roue tourne», a expliqué «ému», à l'issue de cette cérémonie très brève, l'huissier de justice, l'un des 13 acquittés d'Outreau.

Agé aujourd'hui de 42 ans, Alain Marécaux avait dû démissionner et vendre son étude de Samer (Pas-de-Calais), qui employait huit personnes, en décembre 2001, peu après son interpellation dans l'affaire d'Outreau.

Comme un pied de nez au destin, Alain Marécaux a prêté serment dans le tribunal où un jeune juge, Fabrice Burgaud, avait instruit ce dossier et devant «le parquet qui avait fait des réquisitions devant le JLD (juge des libertés et de la détention) pour qu'(il soit) incarcéré», «un symbole important», selon l'huissier. Le face à face attendu avec le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Gérald Lesigne, n'a cependant pas eu lieu, ce dernier s'étant fait représenter par un substitut.

En poste déjà au moment de l'instruction, M. Lesigne avait réclamé en tant qu'avocat général lors du procès aux assises du Pas-de-Calais en juin 2004, 18 mois de prison avec sursis à l'encontre de M. Marécaux, non pour l'affaire d'Outreau mais pour «des actes inconvenants sur son fils». L'huissier avait été condamné à cette peine, avant d'être acquitté en appel à Paris le 1er décembre 2005.

Il avait été remis en liberté en octobre 2003, après près de deux ans de détention provisoire au cours de laquelle il a fait des grèves de la faim pour clamer son innocence. Il travaillait depuis le 1er octobre 2004 en tant que clerc dans l'étude d'un de ses amis, Me Hervé Marcotte-Ruffin, avec qui il est désormais associé dans le cadre d'une SARL avec une autre huissier.

«C'est une résurrection professionnelle, une étape dans la reconstruction», a affirmé Alain Marécaux, en précisant que cette dernière, cependant, «ne sera jamais totale». «Outreau on ne peut pas l'oublier, il n'y a pas un jour où je ne pense pas à Outreau», a-t-il ajouté, en soulignant que la justice l'avait «broyé» avec sa famille, avant de le «réhabiliter». L'huissier, en instance de divorce, avait tenté de se suicider, pendant et après son incarcération, et aussi après son acquittement.

Egalement ému, son fils aîné Matthieu Marécaux, âgé de 18 ans, a souligné être heureux de «voir son père en salle d'audience souriant (...) alors que toutes les fois où (il l'avait) vu en salle d'audience c'était sur le banc des accusés».
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