ERIKA – Le tribunal correctionnel de Paris a passé au crible lundi la politique du groupe pétrolier…
Total a été appelé à la barre lundi, dans le procès de l’Erika. Pour la deuxième audience consécutive, le président Jean-Baptiste Parlos a décortiqué la stratégie de la compagnie dans la sélection des bateaux, pour évaluer les responsabilités éventuelles de Total dans le naufrage de l'Erika en décembre 1999. Un éclairage bienvenu qui a surtout permis à Total d’esquisser ses axes de défense.
Nier en bloc
Déjà malmené au
deuxième jour du procès, Total nie toute responsabilité. Son représentant légal, Alain-Marc Irissou, a refusé de voir dans la catastrophe la conséquence de «négligences» : «ce bateau était affecté d'un vice caché. Il n'est pas normal qu'un navire, même âgé de 24 ans, se brise en deux, même par vent de force neuf ou dix, une nuit de décembre», a-t-il assuré, ajoutant:
«Malgré toutes les diligences que pouvait faire Total, Total ne pouvait pas le détecter».
Se cacher derrière les autres
Lors de la dernière audience, l'ancien directeur des affaires juridiques du service trading/shipping de Total, Bertrand Thouillin, avait clairement montré du doigt la société de classification italienne Rina, qui avait délivré à l'Erika son certificat de navigabilité.
Lundi, répondant au président du tribunal sur les risques qui pesaient sur l’Erika du fait de son âge et de son chargement, Bertrand Thouillin a répliqué : «C'est le marché qui décide, pas l'affréteur», soulignant qu'à l'époque, le secteur étant déprimé, «il n'y avait pas de bateau neuf» et que la moyenne d'âge des tankers d'un tonnage équivalent à l'Erika était de 18 ans.
Ultime preuve de la bonne foi de Total selon lui: des compagnies comme
Repsol, BP, Shell et Texaco avaient, elles aussi, donné leur «vetting» (voir encadré) à l'Erika, dans les 14 mois ayant précédé le naufrage.
Un milieu opaque
Après la santé du bateau, déjà abordée lors de l’étude des nombreuses
réparations sur l’Erika , le tribunal a cherché à établir les liens entre les différentes personnes ayant gravité autour de l’Erika.
«La renommée du propriétaire était-elle un critère (de sélection du bateau ndlr)?» s'enquiert le président. «Ce sont des gens qu'on ne connaît pas. Ils confient leur navire à des gestionnaires», répond Bernard Thouillin. Dans cette affaire, «on a un peu l'impression que personne ne se connaît..., qu'il y a des compartiments. On passe de l'un à l'autre sans qu'il y ait de connaissance, de lien», s'étonne le président… qui risque de devoir encore naviguer à vue.
Total avait dû longuement s'expliquer sur le «vetting», l'inspection des navires effectuée par les compagnies pétrolières elles-mêmes. Cette inspection n'est qu'une initiative volontariste des compagnies, ne reposant sur aucune obligation née d'une réglementation internationale ou communautaire, avait-il souligné.