Au début du mois de février 2002, Jean-Marie Le Pen était crédité de 9 % à 10 % d'intentions de vote. Le 21 avril, il récoltait 16,9 % des voix au premier tour de la présidentielle, auxquelles s'ajoutaient les 2,3 % de Bruno Mégret. En ce début février 2007, le leader du Front national recueille déjà 12 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, en hausse de 3 % en une semaine, selon notre sondage 20 Minutes-BFM TV-RMC. Cette enquête a été réalisée par l'institut LH2 vendredi et samedi, avant la présentation de son programme par Ségolène Royal.
Traditionnel réceptacle du vote protestataire, Jean-Marie Le Pen semble récolter les fruits d'un début de campagne décevant pour la majorité des Français. « Les coups bas et les polémiques sont mal passés dans l'opinion, analyse François Miquet-Marty, de LH2. Le Pen en bénéficie car il est celui qui a la crédibilité pour se démarquer de la vie démocratique. Il a fait de la critique du système politique son fonds de commerce. »
Invité jeudi soir de France 2, hier soir de TF1 (lire aussi ci-contre), le leader d'extrême droite pourrait aussi, dans une moindre mesure, tirer profit de sa médiatisation. « On avait déjà observé ce phénomène en 2002. Ses intentions de vote grimpent quand sa présence à la télévision augmente. Ce qui avait été le cas en fin de campagne puisque les télés passent de la règle de l'équité du temps de parole à la règle de l'égalité entre les candidats. » Dernier facteur relevé par le politologue, la structure de son électorat : « Des Français de milieux modestes qui s'intéressent à la campagne assez tard. » Observées dans le détail, les intentions de vote pour Le Pen de notre sondage indiquent en effet une proportion assez forte d'ouvriers et d'employés (15,5 %). Elles montrent aussi l'attrait exercé par Le Pen chez de nombreux jeunes (18 % des 18-34 ans), les précédents scrutins ayant mis en lumière un clivage entre les jeunes peu diplômés et peu formés, très enclins à voter FN, et les jeunes mieux insérés.
Politologue au Cevipof, le centre de recherches de Sciences-Po, Vincent Tiberj ne s'étonne pas du score de Jean-Marie Le Pen. « Les tensions sur l'immigration et l'augmentation récente du sentiment d'insécurité créent un climat qui lui est favorable », estime Vincent Tiberj, qui se montre néanmoins prudent. « Le vote Le Pen reste très difficile à évaluer à cause des réticences des Français à dire qu'ils vont voter pour lui. En outre, son électorat est hésitant. Cette année, la grande inconnue est de savoir s'il choisira Sarkozy, qui se positionne clairement sur les thématiques du FN. »
Stéphane Colineau