On a bien connu « tonton Mitterrand », voici venue « maman Ségolène ». Lors du véritable « meeting de lancement » de sa campagne, comme l'a rappelé François Hollande, Ségolène Royal a scellé hier avec le pays son « pacte présidentiel », présentant ses 100 propositions pour 2007, sur le modèle des 110 du Mitterrand de 1981. « Plus qu'un programme, un pacte d'honneur », a déclaré la candidate PS à Villepinte (93), dans un Parc des expos transformé en boîte de nuit sur fond de Madonna et de Bob Sinclar.
Ce catalogue de propositions, doté d'un nouveau slogan – « Plus juste, la France sera plus forte » – synthétise la doctrine « ségoléniste » fondée sur l'alliance des contraires. Un credo qui veut à la fois « réconcilier les Français avec les entreprises » et s'attaquer au « règne sans fin du profit financier ». Porter « la colère de la France qui travaille et de celle qui aimerait travailler ». « Augmenter tous les efforts » sur l'école, la santé, les bas salaires, les petites retraites. Surtout, Royal rêve de gérer le pays comme elle a élevé sa propre famille : « Je veux pour tous les enfants de France ce que j'ai voulu pour mes propres enfants », a lancé hier la « mère du PS », la voix émue.
Si elle peut marier des promesses sociales inspirées du milieu associatif (Emmaüs, AClefeu...) à une autorité qui n'a rien à envier à la droite, c'est parce qu'elle a reçu l'onction orale des sympathisants socialistes lors des « débats participatifs » des derniers mois. « J'ai pris le temps de vous écouter », a-t-elle juré, défendant son calendrier et bâtissant son discours sur le duo « vous m'avez dit (...), je m'engage ». Le meilleur moyen pour faire taire ses adversaires éléphants du PS, assis hier au premier rang, à l'exception de l'absent Jospin. La révision de la carte scolaire, l'encadrement militaire des mineurs délinquants, les jurys citoyens... autant de sujets qui avaient déchiré le PS durant la primaire et qui figurent au final dans le programme, car plébiscités dans les débats. « Plus jamais la politique ne se fera sans vous », a promis Royal hier aux électeurs. Le 22 avril, on vérifiera s'ils l'ont suivie.
B. Bonnefous