Quatre mois d'audience, plus de 70 parties civiles, dont de nombreuses collectivités ou associations bretonnes, 14 interprètes pour l'équipage indien, les armateurs italiens et grecs, les courtiers anglais... la justice devrait dépenser quelque 600.000 euros pour ce procès fleuve, l'un des plus chers de l'histoire judiciaire française. Une somme à la démesure du désastre qui a vu 20.000 tonnes de fioul lourd souiller 400 km de côtes, mazouter plus de 150.000 oiseaux et sinistrer l'économie bretonne pour un préjudice évalué à plus d'un milliard d'euros.
Après sept ans d'enquête, la juge d'instruction Dominique de Talancé a renvoyé 15 personnes morales et physiques devant la justice pour pollution, mise en danger d'autrui ou abstention volontaire de combattre un sinistre. Parmi elles, figurent notamment le propriétaire de l'Erika, Giuseppe Savarese, et son gestionnaire, Antonio Pollara, à qui l'enquête reproche d'avoir négligé la sécurité en exploitant le navire sans relâche.
Il lui faudra s'aventurer dans le monde complexe du transport maritime, où les intermédiaires pullulent et où les pavillons de complaisance, Malte pour l'«Erika», autorisent les structures de propriété opaques, impliquant ici des sociétés du Nigeria et des Bahamas.
La société italienne Rina devra dire pourquoi elle a classé l'Erika parmi les bateaux navigables, tandis que quatre membres de l'assistance à terre, notamment du Centre opérationnel de la marine (COM) de Brest, et du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage en mer (CROSS) d'Etel, s'expliqueront sur les nombreux dysfonctionnements relevés par l'enquête.
Mais Total réfute sa responsabilité et, pour y voir clair, le tribunal devra s'enfoncer dans l'exégèse de la charte d'affrètement et des conventions internationales, comme celles du Fipol, le Fonds international d'indemnisation des marées noires.