Frédéric Marillier de Greenpeace France, qui interpelle les candidats à la présidentielle
Frédéric Marillier de Greenpeace France, qui interpelle les candidats à la présidentielle
Le plan «[R]évolution énergétique» de Greenpeace propose une sortie totale du nucléaire au profit des énergies renouvelables. Est-ce un scénario envisageable en France?
Oui même s’il faut pour cela modifier notre perception du nucléaire. Nous avons le sentiment d’en être dépendant, ce qui est faux. Aujourd’hui, le nucléaire produit certes 80% de la production d’électricité en France mais cela ne représente que 16 à 18% de la consommation finale d’énergie. L’électricité absorbe un tiers des besoins énergétiques des Français, le reste se partageant en parts égales entre le chauffage au gaz et les transports.
La production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, prônée par ce plan, est-elle compétitive avec le nucléaire?
Une centrale nucléaire traditionnelle ne produit qu’à 33% de l’électricité, le reste de sa production étant de la vapeur d’eau ensuite rejetée dans les airs. Avec une centrale de cogénération au gaz, qui consiste à réutiliser cette vapeur perdue pour chauffer des habitations proches par exemple, le taux monte à 80%. Cette méthode est donc plus efficace. Les coûts sont également proches même si l’énergie éolienne est aujourd’hui la plus compétitive économiquement et écologiquement face au gaz et au nucléaire.
Ce plan suppose l’implication des politiques. L’avez-vous présenté aux candidats à la présidentielle?
Les contacts sont difficiles à obtenir et nous attendons d’en savoir plus sur leur programme. Néanmoins, deux points nous semblent essentiels. Tout d’abord l’abandon de l’EPR (réacteur nucléaire de troisième génération ndlr), projet hautement symbolique. Nous estimons que si les candidats veulent véritablement s’engager dans la voie de l’énergie alternative, ils doivent abandonner ce projet et sortir du nucléaire. Aucun des candidats ne s’est fermement engagé pour l’instant.
La rénovation du parc des logements anciens est le deuxième point. Mal isolés, ce sont de gros consommateurs d’énergie. Nous demandons au prochain chef d’Etat français de rendre obligatoire leur rénovation. Contrairement à «
l’étiquette énergie», demi-mesure à la charge du seul propriétaire, ce nouveau plan de rénovation passerait par une aide financière au propriétaire du logement. Cette mesure concernerait environ 20 millions de logements construits avant les années 70.
Tony Blair et la Norvège se sont engagés à compenser leurs émissions de CO2. Certains sites, comme Voyageurs du monde invite les particuliers à faire de même. Que pensez-vous de cette initiative?
Elle me paraît bonne dans la forme mais pas sur le fond car elle permet les émissions de CO2, or nous devons absolument commencer à les réduire dès aujourd’hui. Son seul intérêt est d’alerter les gens sur les quantités de CO2 qu’ils émettent sans le savoir. C’est surtout une façon d’avoir bonne conscience.
Recueilli par Sandrine Cochard
Abolir le nucléaire et promouvoir les énergies renouvelables. Le plan «[R]évolution énergétique», présenté par l’association écologique Greenpeace s’appuie sur une restructuration du secteur énergétique pour lutter contre le réchauffement de la planète. Rien de moins. Pour atteindre l’objectif de réduire par deux les émissions de CO2 sur l’ensemble de la planète d’ici à 2050, Greenpeace interpelle les décideurs politiques et économiques sur le profit qu’ils pourraient en tirer à long terme et réclame la fin des subventions «des énergies sales». La Californie aurait déjà demandé à l’association de lui transmettre son plan en forme de marche à suivre pour sortir de la crise climatique.