«La surconsommation d’antibiotiques a favorisé les infections nosocomiales»

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Publié le 18 janvier 2007.

Interview d’Antoine Andremont, directeur du laboratoire de bactériologie de l’hôpital Bichat (Paris 18e)

Interview d’Antoine Andremont, directeur du laboratoire de bactériologie de l’hôpital Bichat (Paris 18e) et auteur du «Triomphe des bactéries La fin des antibiotiques?» à paraître le 25 janvier aux éditions Max Milo.

Le ministère de la Santé et l’InVS publient ce jeudi des chiffres plutôt encourageants sur les infections nosocomiales à l’hôpital. A quoi cette amélioration est-elle due?

Aux moyens donnés par le ministère aux établissements de santé. Il y a eu une prise de conscience autour de ces infections dans les années 70, renforcée par les récents scandales. Du coup, on a créé des postes d’infirmiers hygiénistes, on a investi dans la formation, bref on a renforcé la prévention.

Ces infections nosocomiales ont toujours existé alors?

En quelque sorte oui, puisqu’on cohabite avec les bactéries depuis toujours. Mais l’augmentation d’infections en milieu hospitalier de plus en plus graves est clairement liée à une diminution de la résistance humaine aux bactéries, quand nous sommes fragilisés par certains traitements (chimiothérapie, réanimation par exemple). En même temps les bactéries se renforcent vis-à-vis des antibiotiques. C’est le cas du staphyloque doré par exemple, la bactérie la plus fréquente dans les maladies nosocomiales. Il n’y a plus qu’un antibiotique, le vancomycine, qui soit efficace contre elle.
Pourquoi ?

Car à force d’être consommés, les antibiotiques deviennent de moins en moins efficaces. Il ne faut pas oublier que la France est le 2e consommateur d’antibiotiques en Europe après la Grèce. Or, l’industrie pharmaceutique ne trouve plus de nouveaux antibiotiques et investit donc moins dans ce domaine. On joue désormais en champs clos.

D’où la récente campagne de l’Assurance maladie, «Les antibiotiques, c’est pas automatique»

Effectivement. La politique de lutte contre la surconsommation d’antibiotiques commence d’ailleurs à porter ses fruits puisqu’17,7 millions de traitements inutiles ont été évités depuis 2002.

La sophistication de la médecine hospitalière en France n’est-elle pas aussi en cause dans l’augmentation des infections nosocomiales?

Si, plus les soins sont complexes, plus il y a de risques d’infections. Il sera de toute façon impossible d’arriver au degré zéro d’infections nosocomiales en France. Il y a toujours un aléa thérapeutique. Le maximum qu’on puisse faire, c’est de les réduire au moins de 30%.

Propos recueillis par Catherine Fournier
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