« Je veux être le président d'une France réunie. » C'est ainsi que Nicolas Sarkozy – désigné hier à Paris candidat de l'UMP pour la présidentielle par 98,1 % des suffrages des militants (avec un taux de participation de 69,06 %) – a achevé son discours d'intronisation. Mais avant de promettre de « se tourner vers tous les Français », il a dessiné sa vision de la France, de la République et du rôle que doit jouer le président. Une France peinte en bleu UMP avec les mots « travail, propriété et mérite » en filigrane. Hier, c'est surtout la valeur travail qui a été mise en avant, comme le coeur de l'élection à venir. « Je veux qu'on comprenne que le travail est une émancipation, que c'est le chômage qui est une aliénation. »
Au rayon des propositions, Nicolas Sarkozy a formulé des engagements bien connus (lire p. 7), mais c'est leur mise en musique qui était importante hier. La tonalité du discours et les réactions, enthousiastes, des militants laissent augurer de violents affrontements idéologiques durant la campagne. Alors que le candidat assure ne pas vouloir accentuer les clivages, par exemple, avec une « politique qui cherche à opposer les salariés du privé à ceux du public », ce qu'il préconise pourrait provoquer l'inverse. Extraits : « Ma république réelle, c'est celle qui fait le plus pour celui qui veut s'en sortir et qui fait le moins pour celui qui ne veut rien faire (...), c'est celle qui met les retraités des régimes spéciaux à égalité avec ceux du secteur privé (...) et qui garantit le service minimum (...). Je souhaite qu'une loi impose le vote à bulletins secrets dans les huit jours du déclenchement d'une grève dans une entreprise, une université, une administration. » Une radicalité dans l'action que Nicolas Sarkozy a tenté de tempérer hier, en voulant montrer une face humaine et apaisée. « J'ai changé, n'a-t-il pas cessé de répéter. J'ai compris que l'humanité est une force, pas une faiblesse. »
Fort de ce plébiscite interne et du ralliement de ses ennemis d'hier, dont Michèle Alliot-Marie, Nicolas Sarkozy doit relever un nouveau défi : convertir les Français à son projet, à son désir de rupture. « En faisant attention à ne pas transformer cette élection en référendum contre lui », avertit un cadre de l'UMP.
D. Carzon