EXCLUSIF - Candidat à la présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan explique à 20Minutes.fr les raisons de sa démission à la veille du sacre de Nicolas Sarkozy comme candidat officiel de l'UMP.
Entretien exclusif - Nicolas Dupont-Aignan, 44 ans, est député (souverainiste) de l'Essonne.
Vous venez d’annoncer que vous quittiez l’UMP pour vous présenter à l’élection présidentielle. Pour quelles raisons ?
D’abord parce que le parti développe un projet européen qui vise à faire revoter la constitution européenne rejetée par les Français. Jean Pierre Chevènement, à gauche, a abandonné. Michèle Alliot-Marie à droite, qui pouvait porter les valeurs gaullistes a préféré se rallier à Sarkozy. Il est donc de mon devoir, plus que jamais, d’être candidat pour faire respecter le vote des Français contre la Constitution européenne et pour proposer aux Français un projet républicain et social.
Vous êtes membre de l’UMP depuis sa création. Etait-ce un choix difficile de quitter ce parti?
Je me sens serein car je suis cohérent. A partir du moment où je suis candidat à la présidentielle, j’estime que je dois être libre de toute attache partisane. Il est de plus en plus difficile de s’exprimer au sein de l’UMP. L’élection présidentielle dans l’esprit gaulliste, ce n’est pas l’affaire d’un parti. Nicolas Sarkozy est en train de confondre élection présidentielle et élection à la présidence de l’UMP. On peut cadenasser cette dernière mais on ne peut pas interdire aux Français de penser et de voter pour le candidat de leur choix.
Vous ne craignez pas qu’on vous accuse d’être l’homme de la division à droite, le responsable d’un 21 avril inversé ?
Ce raisonnement implique qu’il faudrait interdire — à l’exception de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy — à toute personne de se présenter. Croyez-vous pour autant que cela empêcherait Jean-Marie Le Pen d’être au second tour ? On évitera au contraire un 21 avril en permettant aux Français de voter pour des candidats différents, mais sérieux, du couple PS-UMP. Si, aujourd’hui, tant de Français votent aux extrêmes, c’est parce qu’ils ne trouvent pas l’offre politique satisfaisante.
Après la présidentielle, il y a des élections législatives. Imaginez-vous que l’UMP vous mette un candidat dans votre circonscription ?
J’assume mon choix et ce sera aux électeurs de ma circonscription de trancher..
Vous pensez trouver un espace politique entre Villiers et Sarkozy ?
Philippe de Villiers a choisi de copier Jean-Marie Le Pen et je ne partage pas ce choix tactique car je crois au contraire que les Français attendent un vrai rassemblement au-delà du clivage droite gauche sur une certaine idée de la France et sur sa capacité à résoudre enfin des problèmes cruciaux comme les délocalisations, le chômage de masse, la défense des services publiques, l’avenir de notre système de santé ou de notre école. Je refuse la démarche de marketing politique.
Vous avez rejoint le camp des «petits» candidats. Pensez-vous, comme François Bayrou, que l’élection risque d’être confisquée par les médias ?
La vraie question est de savoir si en 2007 les Français auront le choix, c’est-à-dire s’ils auront l’occasion d’entendre des voix différentes que celles des deux grandes «marques». Le 28 janvier prochain, je rassemblerai à Paris, dans un grand meeting, mes soutiens qui viennent à la fois des gaullistes de l’UMP, des Chevènementistes et de tous ceux qui veulent changer le fonctionnement de l’Europe pour permettre à la France de régler ses problèmes. Je serai en quelque sorte le candidat libre d’une France libre. Ce sera ensuite aux Français de juger. Cette fin d’année 2006 a été particulièrement étouffante, mais les médias vont commencer à réaliser qu’ils suscitent de plus en plus lassitude s’ils continuent ains. J’espère donc qu’ils auront l’intelligence de changer pour conserver leurs auditeurs et leurs lecteurs s’ils ne veulent pas que l’Internet ne les remplace complètement.
Si vous êtes élu président de la République, quelles seront vos trois premières mesures ?
Changer le fonctionnement de la Banque centrale européenne pour faire de l’euro un atout et pas un handicap comme aujourd’hui. Et si nos partenaires refusent, de sortir de l’euro. Ensuite, je doublerai l’effort de recherche pour que la France ne rate pas la révolution scientifique et que nos enfants aient un bon niveau de vie. Enfin, aider d’ici cinq ans cinq millions de Français supplémentaires à acquérir leur logement pour livrer des logements sociaux à ceux qui en ont le plus besoin et résoudre la question dramatique du logement.
Propos recueillis par Johan HUFNAGEL