Les musées français au cœur d’une polémique

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Publié le 5 janvier 2007.

La location d’œuvres d’art à l’étranger divise les amateurs et soulève la question du patrimoine

Faut-il payer pour voir de l’art? Non, selon plusieurs amateurs qui regrettent le développement de prêts payants d’œuvres par les musées internationaux. Dans leur ligne de mire: le Louvre qui vient de prêter au High Museum d’Atlanta cinq toiles, dont les célèbres «Et in Arcadia Ego» de Poussin et le «Baldassare Castiglione» de Raphaël, en échange de 13 millions d’euros.

En septembre 2003, «Philippe de Montebello, directeur du Metropolitan Museum de New York, avait déjà lancé un avertissement sévère sur la commercialisation effrénée du patrimoine public, en particulier par le système des «loan fees» (prêts payants) d’oeuvres et la tendance de certains musées à s’orienter vers les «marchés culturels» et les «parcs de loisirs». Ils risquent, avait-il ajouté, d'y perdre leur âme,» rappellent ainsi Françoise Cachin (directeur honoraire des Musées de France), Jean Clair (conservateur général honoraire et écrivain) et Roland Recht (professeur au Collège de France) dans une tribune publiée par «Le Monde» le 13 décembre dernier.
 
Pratique ancienne

Une pétition a même été lancée sur le site de «La tribune de l’art», appelant «nos responsables politiques à cesser de prendre les musées français, et le Louvre en particulier, pour un réservoir d’œuvres qu’on pourrait utiliser pour des raisons politiques, diplomatiques ou financières.» Selon Didier Rykner, le responsable du site, la liste des 800 personnes l’ayant déjà signée sera publiée «autour du 10 janvier».
 
Cette polémique récente pointe une pratique pourtant ancienne. «Il existait déjà un échange de marchandise, un troc, entre musées. Lorsque le Louvre prêtait certaines de ses œuvres au Japon, par exemple, celui-ci payait leur restauration ou leur cage de protection en verre», explique Isabelle Leroy-Jay, conservateur au département des sculptures du Louvre, rétorquant que cela n’est pas synonyme de dispersion du patrimoine. Un avis partagé par Francine Mariani-Ducray, directrice des Musées de France. «On marque bien du mépris à plusieurs pays du monde si l'on considère qu'avec certains on peut faire circuler des oeuvres et entretenir un commerce intellectuel, et avec d'autres non. Ce n'est pas le message de la France,» répond-elle dans Le Monde aux détracteurs des échanges d’œuvres.
 
La schizophrénie des conservateurs

Au-delà de l’exportation payante, c’est la question du patrimoine qui fait débat. «Les conservateurs sont un peu schizophrènes : ils doivent à la fois présenter les œuvres d’art au plus grand nombre et les préserver pour les générations futures», ajoute Isabelle Leroy-Jay. Un grand écart qu’étudiera le 20 janvier le Comité français de l’histoire de l’art, en compagnie notamment de Vincent Pommarède, responsable du département peintures du Louvre qui prête beaucoup à l’étranger, et des signataires de la pétition.
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