C'est une pierre importante ajoutée à l'édifice mais elle ne suffira pas à garantir un avenir meilleur aux sans-abri et aux mal-logés. C'est, en substance, ce qu'ont déclaré hier les associations au lendemain de la promesse de Jacques Chirac de créer « un droit au logement opposable » devant les tribunaux (lire ci-contre), comme il existe déjà un droit à la santé ou à l'éducation. Le chef de l'Etat s'est exprimé en ce sens dimanche soir lors de ses voeux télévisés aux Français. « Il faut mettre en place un véritable droit au logement opposable, c'est-à-dire faire du droit au logement une réalité. Je demande au gouvernement d'avancer sur ce point dans les toutes prochaines semaines. »
Ce succès n'a pas fait baisser la garde aux Enfants de Don Quichotte, dont l'action entamée le 16 décembre à Paris a suscité une forte mobilisation autour des sans-abri et poussé les politiques à agir (lire ci-contre). Le cofondateur de l'association, Augustin Legrand, a jugé que l'impulsion donnée par Jacques Chirac allait certes « dans la bonne direction », mais qu'elle était « loin d'être suffisante ». Le militant, devenu « SDF volontaire » a regretté que le chef de l'Etat n'ait repris « qu'un seul point de la charte » élaborée par les Enfants de Don Quichotte. Car ce texte réclame aussi l'application sans délai de certaines mesures : l'ouverture des structures d'hébergement « 24 heures sur 24 et 365 jours par an », la création « immédiate d'une offre de logements temporaires »...
Spécialiste des questions d'exclusion, le président d'Emmaüs Martin Hirsch a lui aussi estimé que le droit au logement opposable devait être combiné à d'autres actions. « Il n'est qu'un élément indissociable d'autres éléments », a t-il insisté hier. Martin Hirsch défend l'idée d'« un revenu de solidarité active » – reprise par Ségolène Royal – qui permettrait aux démunis de reprendre un emploi sans perte de revenu.
Il n'en reste pas moins que l'annonce de Jacques Chirac, qui survient seize ans après la création de l'association Droit au Logement, constitue un symbole fort. « C'est un combat de six ans pour que le président intègre ce droit comme mesure », a souligné Patrick Doutreligne, de la Fondation Abbé Pierre. Le président du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées Xavier Emmanuelli a même salué « une grande victoire. Désormais, le droit au logement est irréversible, je ne vois pas comment on peut revenir en arrière. »
Stéphane Colineau