Puisque la campagne présidentielle est dans un faux plat – ça grimpe, ça fait mal aux pattes, mais personne ne s'en aperçoit – profitons de l'accalmie pour faire un constat. Entre le 4 septembre et le 30 novembre 2006, l'observatoire des médias Acrimed (Action-critique-médias) a procédé à un comptage des émissions politiques des radios matinales. Là où candidats et porte-flingues lâchent leurs « petites phrases », entre le café tiède et les croissants. Ce recensement sur cinq radios généralistes (France Inter, France Culture, RTL, RMC et Europe 1) est éloquent. Sur cent soixante et un invités politiques, soixante-deux appartenaient au PS et soixante-huit à l'UMP. Soit 80 % des invités. Les trente et un invités restants se sont répartis ainsi : UDF (12), extrême gauche et gauche antilibérale (8), extrême droite (6), Verts (3) et Mouvement républicain des citoyens (2).
Sarkozy-Royal ou Royal-Sarkozy ? Sarkolène ou Ségozy ? Tout semble s'organiser dans nos médias pour que ce duel ait lieu le 7 mai. Certes, il ne s'agit que des radios. Mais quiconque passe devant une télévision allumée voit qu'y sévit le même matraquage. Quant aux journaux, ils rivalisent de couvertures mielleuses sur les deux candidats déjà élus : leur jeunesse, leurs réseaux, leurs ennemis, leurs faiblesses, leurs forces, leurs idées, leurs programmes...
Plus que cinq mois et cette magnifique joute va rénover notre classe politique sclérosée. D'un coup d'un seul ! On se motive ! On y croit !
Bon, nos « champions » n'ont rien de neuf. Ils ont été formés depuis plus de vingt-cinq ans au coeur du pouvoir ; l'une à la gauche de Mitterrand, l'autre à la droite de Chirac. Mais là, c'est sûr, ils vont tout casser ! Si, si vraiment ! Une révolte se profile ! Que dis-je, Sire, une révolution ! Quoi ? Tout ce qu'ils ont annoncé et jamais tenu dans les divers gouvernements et les ministères successifs où ils sont passés ? Mais vous plaisantez ! Ils vont le faire. Et pourquoi maintenant ? Mais parce qu'ils nous le disent, voyons ! Tenez, la croissance économique. Eh bien c'est très simple, Ségolène Royal l'a expliqué, sa « présence » va la ramener. Et comment ? Mais parce qu'elle le vaut bien ! Et la sécurité ? La fameuse sécurité – son fonds de commerce – que Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, n'a pas mieux assurée que ses prédécesseurs ? Une fois élu, elle sera là. Promis, juré, Kärcher !
Au fait, et si, par « malheur », le 22 avril, l'un des deux manquait à l'appel ? Vous n'y croyez pas ? On en reparle...
P.-S. Georges Frêche ? Toujours au PS. Et Pascal Sevran ? Avec Sarkozy...