Le fait qu'il bouscule la pensée commune. Copi nous met face à nos responsabilités d'être humain, comment on se comporte, quelle vision on a de l'autre. Et puis c'est un vrai plaisir dans ce métier que de faire ce qu'on n'ose pas dans la vie : dire du mal des personnes âgées, venter les bienfaits de l'héroïne. En scène, on a le droit d'avoir des mauvaises pensées !
Quand on me demande pourquoi j'ai tué ma fille et que je réponds "elle me dégoûtait". Ces cinq petites syllabes sont d'une violence terrible. Elles font l'effet d'une bombe et en même temps, je peux imaginer que ça puisse être vrai.
Votre personnage Daphné déconnecte complètement de la réalité jusqu'à se retrouver nue. Cette scène ne vous a pas posé de difficultés ?
C'est une fausse difficulté car Copi raconte autre chose que la nudité. Il la met à poil pour montrer à quel point elle n'est plus dans le concret. Elle n'est pas nue pour être nue, elle a juste oublié de s'habiller, ce qui est complètement différent !
Pensez-vous que ce rôle marque une étape dans votre carrière ?
Si vous êtes disponible pour penser différemment, vous ressortez forcément grandi d'une expérience comme celle-là. Même si on ne joue pas très bien d'ailleurs. Car ce sont deux choses complètement différentes que de bien jouer et s'enrichir d'une expérience.
Là pour le coup, votre prestation est unanimement saluée...
C'est vrai, c'est reconnu mondialement que je joue bien Daphné ! Une étude américaine l'a prouvé. Je vous assure, c'est bon, c'est validé !
Il faut dire que vous êtes comme un poisson dans l'eau dans l'univers de Copi...
D'abord, il n'y a pas de "message" ni de démonstration. Si on peut prendre Copi à la légèreté et la plume dans le cul, on peut aussi entendre ce qu'il y a derrière sans que le fond ne soit surligné. Copi parle avec une forme de poésie cochonne ou de pornographie chic mais toujours avec de la distance. Il n'est jamais dans le premier degré de ce qu'il dit. Il y a une légèreté affichée dans le propos comme une politesse, une grâce. En tout cas, c'est une manière de s'exprimer qui me convient.
J'aimerai bien ne pas avoir à choisir. J'avoue que je trouve l'institution très pesante au théâtre. Au cinéma, c'est différent: il y a du pognon. C'est peut-être beaucoup plus vulgaire mais c'est moins pesant. Au théâtre, j'ai l'impression d'avoir des tonnes de rideaux rouges sur les épaules ! Et puis je ne suis pas sûre d'être à ma place dans le côté "discoreux" - ce qui ne se dit pas, c'est un mélange de "discours" et de "liqueur" !- que l'on peut parois y trouver.
A chaque fois, ce qui est tentant est de se dire que ce truc là sera unique. Mais bon, j'ai un problème avec le théâtre: je sais que je ne sais pas parler fort. Or il y a des choses qui se jouent "fort". Si le cinéma permet plus de nuances, au théâtre c'est plus difficile. Certains acteurs le font admirablement. Regardez Martial par exemple, il a une ampleur physique incroyable. Il fait partie de ceux qui sont...beaucoup plus large que leur corps ! Moi je ne suis pas sûre d'avoir cette ampleur là au théâtre. C'est aussi pour cela que le cinéma m'excite et que je ne me lasse pas de tourner. Cela dit, le théâtre offre aussi de grands moments de liberté et La Tour de la Défense est l'un des plus beaux moments de ma vie professionnelle...