Interview complète de David Penava
Interview complète de David Penava
D’où vient l’idée de cette web-télé ?
On vient du mobile où on développait déjà du contenu mais on se faisait chier. Mais quand on a regardé le prix du hardware, c’est à dire la régie, pour faire une télé sur le net, on s’est rendu compte que c’était hors de prix. Julien, mon associé qui est un petit génie de l’informatique, s’est mis à développer ces outils en software en les intégrant dans un ordinateur. Ça lui a pris deux mois. Aujourd’hui, tout est compris dans le PC qui sert de régie globale. Il suffit d’avoir trois webcams et on peut désormais faire sa web-télé, en streaming, en différé et on peut le faire de n’importe où du moment qu’on ait une connexion wi-fi. Il n’y a plus de besoin de grosse régie. Ce que nous avons inventé n’existait pas avant. Nous, on s’en sert tous les soirs et on améliore les outils au fur et à mesure.
Qu’apportez-vous en plus
Ce que nous apportons en plus, c’est l’interactivité, les internautes peuvent chatter en direct, leur message passe à l’écran, ils peuvent intervenir via Skype ou leur téléphone 3G et on peut voir leur visage en direct sur l’écran. C’est une nouvelle manière de faire de la télévision. On est en train de dévenir un contre-pouvoir, à l’image des radios libres au début des années 80. Mais on va plus loin car on a le pouvoir de l’image en plus.
Vous avez déjà des financements ?
On a fait la démarche inverse du web 2.0 où les mecs cherchent d’abord à lever du pognon avant de réaliser leurs projets. Nous, on a d’abord construit notre logiciel.
Combien ça coûte faire de la télé sur le web ?
Pour nous, avec une connexion basique, ça coûte 30 euros par mois pour streamer en live à 500 personnes en simultanée. Contre 10000 euros pour une émission un seul soir. Pour le particulier, on offre nos prestations gratuitement si le contenu reste chez nous, si on l’intègre dans notre programmation. C’est un peu notre vitrine. Le but, c’est que les gens créent leur propre programme. Vous ne payez que le matériel et vous avez une web télé pour moins de 5000 euros. Notre logiciel devient payant quand le client - particuliers, entreprises, associations, municipalités - veut récupérer ses programmes pour les mettre sur son propre blog ou site. Les possibilités sont énormes, les gens ont des tonnes d’idées.
Quelles types d’émissions sont diffusées sur Gaspanik ?
Nous traitons des thématiques qui n’ont pas leur place à la télévision française : l’extrême fighting, les MMORPG où nous avons une dizaine de milliers de gens qui suivent cette émission en ligne, mais aussi il y a une forte demande d’émissions politiques. On fonctionne comme un espace libre et ouvert.
Vous avez une liberté de ton qui semble totale…
On peut aller super loin dans ce qu’on dit. Si on a des problèmes, on ira faire nos émissions ailleurs pour quand même les diffuser en France. J’ai le droit de dire tout ce que je veux, je ne fais pas de provocation gratuite. Nous ne sommes pas dépendants de sponsors ou de grands groupes, alors nous sommes un espace de liberté. Les hommes politiques nous appellent, les choses sont en train de bouger.
Comment vous vous êtes fait connaître ?
Nous sommes jeunes et petits, mais le bouche-à-oreille fonctionne bien. Les gens restent. Il y a un besoin de liberté de parole, de sortir des choses formatées. Je ne pensais pas qu’il y aurait une telle demande de démocratie et de débats politiques. On suit ce mouvement. J’en fait des tartines sur Bush, mais c’est du journalisme à deux balles. Sauf que nous sommes dans une situation où il n’y a plus de presse libre. Tout le monde est dépendant des annonceurs. Moi, je me sens plus proche d’Howard Stern que de Besancenot. Les gens n’ont pas encore l’habitude, on leur sert la même soupe depuis 20 ans. Nous, on s’est fait démolir. Mais même les gens qui ne nous aiment pas nous regardent quand même.
Comment préparez-vous vos émissions ?
Rien n’est écrit, tout est improvisé. On essaye d’être les premiers à sortir des infos. On est sur le net tout l’après-midi et ce qu’on trouve est le soir même sur notre antenne. Ensuite, on les retrouve une semaine après sur Canal+ et un mois après sur TF1. Je bosse avec les jeunes qui ont le don pour répérer les bons truc et les internautes nous envoient beaucoup d’infos aussi.
Quels sont vos objectifs ?
Nous avons aujourd’hui trois émissions journalières et huit hebdos ou bi-mensuelles. Mais nous voudrions assez d’émissions différentes pour diffuser de 18 h à minuit tous les jours.
Vous avez des contacts avec des partenaires extérieurs ?
Les grosses boîtes sont venues nous voir, elles ont toutes tapé à notre porte. Mais elles sont à côté de la plaque. Ils veulent juste nous acheter nos solutions techniques sans se demander vraiment ce qu’ils peuvent faire avec. Un sénateur républicain nous a contacté pour faire sa télé.
Qu’est-ce qui va ressortir de tout ça si tout le monde se met à faire sa télé ?
C’est sûr qu’il va y avoir beaucoup de déchets. Notre métier, c’est n’est pas forcément de faire du contenu, mais si on n’y arrive, n’importe quel idiot va y arriver. Il y aura 90 % de merdes, mais 10% de génie.
Recueilli par David Carzon