Vautrin: «Je suis pour un code des droits des femmes»

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Publié le 30 novembre 2006.

A l'occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, entretien exclusif avec la ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité

Interview de Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité

Mercredi, votre ministère a annoncé qu’une femme mourait tous les trois jours sous les coups de son compagnon. La première estimation nationale, rendue publique en novembre 2005, faisait état d’une victime de violences conjugales tous les quatre jours. Pourquoi cette augmentation ?
Il faut surtout s’alarmer du fait que 97 femmes sont mortes sous les coups depuis le 1er janvier 2006. Notre enquête statistique s’est affinée depuis la première menée en 2003-2004 et nous sommes sans doute plus proche de la réalité. Malheureusement, nous ne sommes pas les seuls. Beaucoup de pays d’Europe sont confrontés à ce problème.

L’Espagne a justement adopté une loi globale contre les violences conjugales début 2005. Pourquoi la France ne suivrait-elle pas cet exemple ?
Nous avons beaucoup complété nos textes de loi depuis 1992. Avant, les violences commises par le conjoint n'étaient même pas spécifiquement reconnues dans le code pénal. Depuis, non seulement le conjoint peut être poursuivi mais aussi le concubin, pacsé et ancien conjoint. Car c’est souvent au moment de la séparation du couple que les violences surviennent. Mais c’est vrai que pour vraiment avancer, je serais favorable à la création d’un code des droits des femmes, à l’instar celui qui a été publié contre l’exclusion en octobre 2006. On pourrait ainsi collectionner tout ce qui existe en matière de droits des femmes, que ce soit au sujet des violences conjugales mais aussi des discriminations en tout genre.

En attendant la création de ce code, que préconisez-vous ?
J’ai annoncé plusieurs mesures, dont la mise en place d’un numéro national à quatre chiffres début 2007 pour faciliter et centraliser les appels. Pas moins de 250.000 personnes seront formées pour écouter et orienter les victimes. Je me suis également penchée sur la question des auteurs des violences. Comme l’a rappelé le docteur Coutanceau dans son rapport remis en mars 2006, la violence est une forme d’addiction. Le suivi psychologique est donc capital. D’où l’idée de créer un protocole des bonnes pratiques pour les 60 structures qui prennent en charge les auteurs de violences en France.

Pour la première fois, le coût des violences conjugales a été évalué et rendu public. Pourquoi cette démarche?

Parce que pour lutter contre un phénomène, il faut d’abord bien le connaître. Et puis c’est une façon de sensibiliser l’opinion publique, en lui exposant toutes les facettes du problème. Il n’y a pas une seule façon de lutter contre les violences conjugales mais plusieurs, et il faut toutes les mettre en œuvre.

Propos recueillis par Catherine Fournier
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