Interview d'Hervé Le Bras, démographe et directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.
Comment qualifier la politique d'intégration française ?
Elle est stricte : il faut parler la langue et adopter les moeurs du pays. Il est interdit, par exemple, de porter un voile sur une photo d'identité. En Angleterre, aux Pays-Bas ou aux Etats-Unis, l'apprentissage de la langue nationale n'est pas imposé. Les contraintes de comportement non plus. Mais ces pays sont en train de se rapprocher de notre modèle.
Quelles sont nos lacunes en matière d'intégration ?
Une politique qui n'a pas suffisamment pu faire fonctionner l'ascenseur social. Parce que les enfants d'immigrés n'ont pas été assez aidés dans leur parcours scolaire. Des mesures sont à prendre dans ce domaine.
Les étrangers devraient-ils avoir le droit de vote ?
Oui, au minimum lors des élections locales. La politique est le meilleur moyen de les intégrer. Les étrangers qui vivent en France depuis quelques années devraient aussi pouvoir voter lors des présidentielles.
Que pensez-vous du contrat d'accueil et d'intégration, qui impose une connaissance des moeurs et de la langue ?
Le CAI est une erreur forte, qui aurait eu un sens il y a vingt ans. Il est conçu pour les immigrés qu'on est allé chercher pendant les trente glorieuses. Leur bagage culturel était faible et ils venaient pour occuper des postes peu qualifiés. Notre politique d'intégration est fondée sur des images dépassées.
Les immigrés d'aujourd'hui ont-ils un profil différent ?
Ils sont globalement plus cultivés et plus mobiles. Beaucoup sont issus des classes moyennes. Ils n'ont rien à voir avec les populations en difficulté rencontrées dans les cités.
Recueilli par Marie-Colombe Afota