Dans le bureau de vote de Jospin, les militants hésitent entre Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn.
Le local de la rue Trétaigne à Paris grouille de monde. Aux murs, de vieilles affiches des gloires et espoirs passés : la campagne présidentielle de Jospin en 2002, un appel aux adhésions en 1988… Les trois sections du 18e arrondissement (Jean-Baptiste Clément, JBC, Chapelle-Goutte d’Or et Grandes Carrières) votent ici et engrangent les votes. Bertrand Delanoë est venu parmi les premiers, Lionel Jospin, qui a voté vers 17h, a demandé aux caméras de rester à l’extérieur du bureau. Un tour rapide dans l’isoloir et son enveloppe tombe dans l’urne. A voté ! De son bulletin, Lionel Jospin affirmera juste qu’il « n’est pas blanc », sans vouloir préciser son choix : « Je ne me suis pas prononcé pour un candidat avant, ce n’est pas pour le dire aujourd’hui. Je ne veux pas peser sur le vote. »
Les militants, nouveaux adhérents pour la moitié (voir encadré), s’entendent sur un point : en cas de deuxième tour, les deux candidats en lice seront Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn. Ils sont en revanche plus partagés sur un éventuel succès de la candidate dès le premier tour. « Contrairement au passé, une femme est aujourd’hui candidate et je pense que cela peut changer beaucoup de choses… », sourit un militant de la section Chapelle-Goutte d’Or. Le responsable de la section, Didier Guillot, «pense que Ségolène Royal a les moyens de passer dès le premier tour, avec plus de 50% des voix. »
Des conversations s’improvisent. Beaucoup saluent la pré-campagne de ces primaires. « Les débats ont été exemplaires, même s’ils n’ont pas changé mon bulletin de vote, explique un militant JBC, sympathisant depuis trente ans, adhérent depuis peu. Loin de diviser davantage, ils nous ont permis de mieux connaître les candidats.» «C’est un bel exemple de démocratie, renchérit une autre. J’espère que les primaires seront désormais systématiques à toute présidentielle. »
« Eviter un 21 avril bis »
Ce premier tour est aussi l’occasion de se rassurer sur la mobilisation des militants. «Nous nous acheminons vers un taux record de 80% à 90%», s’enthousiasme la section Grandes Carrières. La notion de vote utile a fait son chemin. Car le spectre du 21 avril plane toujours. « Je crains que l’extrême droite augmente ses voix, » s’inquiète un jeune homme fraîchement militant. Bien plus qu’une éventuelle candidature de Jean-Pierre Chevènement, balayée d’un revers de main. « Il est lamentable, ce n’est plus que le fantôme de lui-même ! » soupire-t-on. « Tous les candidats de gauche peuvent potentiellement prendre des voix au PS, souligne une autre. Mais n’oublions pas que la principale menace vient de Sarkozy. »
Sandrine Cochard
Les trois sections du 18e ont quasiment doublé leurs effectifs depuis un an. JBC est ainsi passé de 440 adhérents fin 2005 à 1000 aujourd’hui, Grandes Carrières est passé de 230 à 350 tandis que La Chapelle-Goutte d’Or en compte 435 contre plus de 200 auparavant.