La candidate s'est imposée en quelques mois dans le coeur des militants
«Pour eux, c’est comme si la bonne était partie avec les clés de la maison.» Ségolène Royal résume très bien elle-même le hold-up qu’elle a opéré en un an sur le Parti socialiste et ses éléphants. A 53 ans, elle s’est imposée comme la favorite des primaires, au sommet des sondages depuis des mois.
Ségolène Royal a réussi le plus beau coup politique de ces dernières années. Elle a lancé sa campagne interne en se présentant comme la candidate des militants contre l’appareil. Pas vraiment de réseau dans le parti, aucune grande fédération à sa botte… Mais, grâce à son ultra-popularité dans les sondages, plusieurs éléphants du PS (Pierre Mauroy, Jack Lang, Jean-Louis Bianco…) l’ont ralliée, en même temps que la jeune garde plus moderne (Arnaud Montebourg, Julien Dray, Vincent Peillon…). Carton plein.
Passages en forceNée le 22 septembre 1953 à Dakar, au Sénégal, Marie-Ségolène Royal est toujours passée en force. D’abord contre son père, officier, catholique, ultra-rigide. Avec sept frères et sœurs, Ségolène n’était pas, comme les autres filles de la fratrie, destinée aux grandes études. Pas question pour la jeune femme. Elle intègrera l’ENA, où elle rencontrera François Hollande, son compagnon avec qui elle a eu quatre enfants, et actuel premier secrétaire du PS.
Repéré par Jacques Attali, le couple, qui a adhéré au PS à la fin des années 1970, s’engage dans la campagne de Mitterrand en 1981, puis entre à l’Elysée comme conseillers. En 1988, Royal sera parachutée députée dans les Deux-Sèvres. C’est sa première élection locale, qui sera constamment reconduite depuis.
Une ministre ingérableEn 1992, elle devient ministre de l’Environnement dans le gouvernement Bérégovoy. Dans ces années, elle ne cesse déjà de critiquer le fonctionnement du PS. Les débats l’ennuient, les querelles de chefs l’horripilent. En 1993, elle estime qu’il faut créer «une nouvelle organisation politique» plus ouverte aux électeurs. Ingérable, elle se présente en 1995 aux municipales de Niort contre le maire socialiste sortant. Elle perd. Son comportement exaspère Jospin, qui devenu Premier ministre en 1997, ne la nommera qu’à des portefeuilles mineurs: l’Enseignement scolaire sous les ordres de Claude Allègre, puis la Famille.
Mais comme à chaque fois, Ségolène Royal fera de ses handicaps une force. C’est dans ces ministères qu’elle constitue la garde rapprochée de ses conseillers. Elle multiplie les initiatives médiatiques sur les sujets de société (le bizutage, l’accouchement sous X, le congé paternité…), et bâtit sa popularité sur des sujets du quotidien, loin des grandes questions économiques et sociales des autres cadres du PS.
La bulle n’a pas éclatéSon véritable envol politique date de 2004. Lors des régionales, elle ravit le Poitou-Charentes à la droite de Raffarin et s’impose comme le symbole du renouveau socialiste après la claque du 21 avril 2002. Un an plus tard, elle se lance dans la course à l’Elysée. Elle monte ses propres troupes dans des comités «
Désirs d’avenir», et rôde ses slogans fétiches: «l’ordre juste», «la revalorisation du travail»… Ses adversaires au sein du PS raillent son inexpérience, sa méconnaissance des grands dossiers. Pour eux, Ségolène n’est qu’une bulle médiatique qui va vite éclater.
Problème, la bulle n’éclate pas, au contraire, elle ne cesse de grossir. Royal marque des points en prenant systématiquement le contre-pied de la doxa du parti sur les sujets de société. Elle souhaite assouplir la carte scolaire, encadrer avec une «dimension militaire» les primo-délinquants, et mettre le travail des élus sous l’œil de «jurys citoyens». Elle laisse sur le carreau Lionel Jospin, Jack Lang, Martine Aubry… Et aussi François Hollande, son compagnon. Les anti-Royal la taxent d’opportunisme, de populisme, de dérive droitière. Pour les fabiusiens et les strauss-kahniens, Ségolène ne se détermine qu’en fonction des sondages, et n’a aucune valeur personnelle, sauf celle de la victoire.
Bastien Bonnefous