Après avoir été trois fois ministres, Dominique Strauss-Kahn espère être Président sinon rien
Des initiales comme une marque. Dominique
Strauss-Kahn, c’est d’abord une image, brillante, habile, luxueuse et les premières limites du personnage. L’ancien ministre de l’Economie et des finances de Lionel Jospin agit à la manière d’un élève doué faisant juste ce qu’il faut pour avoir la moyenne et qui frime à la récréation. Il ne faut pas s’arrêter à la première impression.
Il s’agit avant tout d’un universitaire doublé d’un avocat d’affaires, ce qui donne la mesure de son habilité et des manœuvres qu’il garde en réserve. Longtemps, cette impression a renforcé une image de libéral de gauche pénalisant son ambition. Désormais, il ne doit plus seulement convaincre qu’il fera un bon ministre de l’Economie et des finances, il doit rallier le plus grand nombre.
«Le meilleur rempart contre la droite»A 57 ans,
DSK se présente à la présidentielle pour la première fois. Pour dépasser sa position d’«homme de gauche mais pas trop», il a construit sa candidature à l'investiture socialiste sur un positionnement «social-démocrate» et non pas «social-libéral». Afin de montrer qu’il est le «meilleur rempart contre la droite», il fait valoir qu’il est le député de Sarcelles (Val-d’Oise) une circonscription populaire de banlieue.
Sans être un cacique du parti, il s’est peu à peu émancipé de son mentor Lionel Jospin après la déroute du 21 avril 2002. Et aujourd’hui, il veut s’inspirer du programme du parti socialiste mais sans y être «enfermé». Trois fois ministre, il affirme qu’il ne veut plus le devenir, même à Matignon.
People de gaucheIl y a des défauts dans sa cuirasse, d’abord ses ennuis successifs avec la justice dans des affaires de corruption dont celle de la Mnef (la mutuelle des étudiants). Certes, il n’a jamais été condamné mais des adversaires de droite pourraient opportunément utiliser ce point faible. Son côté people des beaux quartiers, avec son épouse Anne Sinclair, peut également agacer l’électeur de gauche. Enfin, ses appuis à l’Assemblé nationale sont aujourd’hui peu nombreux.
«monsieur solutions» Pendant la campagne, DSK s’est présenté comme un «monsieur solutions» face aux problèmes de société. Il veut agir au moyen de vastes projets centrés autour de la négociation mais encore imprécis comme le «pacte de l’Elysée». Distancé dans les sondages au début de la course, il a néanmoins bien progressé.
Avec son expérience, il compte rassurer les électeurs qui pourraient avoir peur du trop-plein de nouveautés de Ségolène Royal et ceux qui veulent un candidat capable d’affronter à armes égales Nicolas Sarkozy lors d’un débat télévisé. Interrogé il y a quelques mois sur l’habituelle alternance gauche-droite à la présidentielle, Strauss-Khan répondait sourire en coin: «Il ne faut pas oublier l’alternance grand maigre / petit gros dont peu de gens parlent». Seulement, petit, Nicolas Sarkozy l’est aussi et grassouillet.
Arnaud Sagnard