«Elle criait: “Ne me lâche pas, je ne veux pas mourir”»

Publié le 31 octobre 2006.

« J'étais en train de discuter dans le parc qui longe la route, quand j'ai vu le bus en flammes et cette jeune femme qui criait. » Samedi soir, ce père de famille de 40 ans est venu en aide à Mama, 26 ans, brûlée sur près de 70 % de la surface du corps dans l'incendie criminel d'un bus, devant la résidence des Lilas au Merlan (13e). « Elle criait : “Ne me lâche pas, je ne veux pas mourir”, relate cet homme, les yeux encore vides d'horreur une nuit après le drame. Cette femme noire perdait tellement de peau qu'on aurait dit qu'elle était blanche. Je ne pouvais la tenir par aucun endroit tellement elle souffrait et j'ai dû me retenir pour ne pas vomir sur elle. »

Samedi, vers 21 h 15, le dernier bus de la ligne nº 32 est pris dans un « guet-apens », selon les termes du procureur. A l'arrêt des Castors du Merlan, quatre mineurs aspergent l'habitacle du véhicule de liquide inflammable. Le bus, en feu, finit sa route dans un rond-point. Venue rendre visite à sa famille, Mama, étudiante à Luminy, est aussitôt touchée par les flammes tandis que trois autres personnes sont intoxiquées. Transportée à l'hôpital de la Conception, elle était toujours hier entre la vie et la mort.

« Ici, c'est calme, confie un jeune homme, natif du quartier. C'est ceux d'en haut, des “Oliviers A”, qui font “carnage”. Des minots qui ont un scooter, vendent trois barrettes de shit et se prennent pour des caïds. Ils mettent des photos d'eux sur Internet avec des fusils, des filles et des billets. »

Selon plusieurs habitants, les « Oliviers A », qui surplombent de quelques centaines de mètres les Lilas, font figure d'îlot problématique au milieu d'une cité tranquille. « Les médias sont responsables ! Vous connaissez la rivalité Marseille-Paris ? Il fallait bien que cela arrive un jour », déplore un vieil homme. L'an dernier, la cité phocéenne avait été épargnée par les émeutes.

A Marseille, Laurent Berneron

©2006 20 minutes
La direction de la police judiciaire de Marseille a décidé de rappeler hier tous ses enquêteurs pour lancer « une vaste enquête de voisinage » afin d'identifier les auteurs de l'incendie. « Nous avons besoin de tous les témoignages, a lancé Jacques Beaume, procureur de Marseille. Ceux des passagers du bus attaqué, que nous ne connaissons pas tous, et ceux des habitants du quartier. » Exceptionnellement, le parquet a autorisé les témoignages anonymes.
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