Du sport à l'e-sport, la parole est aux commentateurs

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Publié le 24 janvier 2013.

CULTURE – Le développement du sport électronique s'accompagne de commentateurs stars. Travaillent-ils comme les journalistes sportifs? On compare...

Les commentateurs de sport et d’e-sport parlent la même langue. Fifa, PES, Shootmania, League of Legends… Autour de ces jeux vidéo, en France, les tournois d’e-sport (sport électronique) suscitent de plus en plus  d’intérêt. Des compétitions sont régulièrement organisées. A Paris ce samedi a lieu au Palais des Congrès la deuxième édition de Iron Squid, un tournoi de  «Starcraft 2», le jeu de stratégie en temps réel de Blizzard. La finale de la précédente édition avait été un succès dans un Grand Rex comble et sur Internet. Elle avait réuni sur le Web 314.460 visiteurs uniques qui regardaient l’événement en streaming.

Et comme pour le foot, les parties peuvent désormais se suivre au comptoir. Après Stockholm, Berlin et Londres, la franchise d’établissements Meltdown s’est installée à Paris. Depuis neuf mois, ce bar du 10e arrondissement retransmet des compétitions sur écran. L’e-sport, comme pour le foot, c’est donc des adeptes, un public, des joueurs pros, des matchs et ses commentateurs-stars. Pour le foot, c’est Grégoire Margotton, journaliste sportif de Canal+, pour l’e-sport, Pomf (Alexandre Noci) et Thud (et son frère Hadrien), organisateurs de Iron Squid, ou Chips et Noi, experts de «League of Legends», dont la chaine YouTube compte près de 24 millions de vues.

«Ne pas assommer le spectateur de chiffres»

Chacun a ses méthodes, mais la préparation est un des éléments clés. Pour commenter les matchs de foot, Grégoire Margotton (dont le documentaire «Zlatan l’intégrale» sur Ibrahimovic est diffusé sur Canal+ ce samedi à 20h55), emporte avec lui une masse d’informations, «des statistiques très détaillées: le nombre de buts, de passes, de tacles aériens des joueurs... » Mais il ne s’agit par pour autant d’assommer le spectateur avec les chiffres.  «Ils viennent en appoint. Dans un match, il s’agit d’accompagner pas de polluer.»

Sean Plott (alias Day[9]) étudie aussi les statistiques et les profils sur des sites spécialisés comme Team Liquid. Mais pour ce commentateur-star américain, invité par Iron Squid 2, «les statistisques ne sont utiles que si elles s’intègrent à l’histoire que je bâtis à travers mes commentaires. Beaucoup de commentateurs moyens commettent l’erreur de noyer le spectateur sous les chiffres, juste pour prouver qu’ils ont fait le travail de recherches.»

Le rythme, le volume et la longueur des phrases

Autre astuce partagée par ces deux commentateurs: la positive attitude. «Si entre deux mauvais gestes il y en a un bon, je vais plutôt mettre l’accent sur ce dernier», explique note Margotton. On évite de dénigrer les joueurs, tout en captivant le public. Sean Plott préfère évoquer l’excellente défense d’un joueur, plutôt que les probabilités déclinantes qu'il gagne. Par ailleurs, «cela permet plus facilement de bâtir des contrastes dans le déroulement du commentaire», ajoute-t-il.

Sean Plott résume donc les leviers du commentaire d’e-sport à trois points: d’abord le rythme de la parole. Puis le volume de la voix pour ménager des effets. «Je peux parler très bas pour souligner l’intensité du moment.» Enfin, la longueur des phrases. Courtes, quand l’action est plus mouvementée. Ce qui évite d’interrompre une phrase en plein milieu. Grégoire Margotton précise: «Quand le ballon va vite, naturellement, sur le plan de la syntaxe, je recherche des termes plus simples. Quand le match s’emballe, pas d’adverbe à huit syllabes!»

Tout le monde peut se tromper

Evidemment, en direct et sans filet, il arrive à tout commentateur de se planter, par exemple dans le nom d’un joueur: «Dans ce cas, je ne dis rien sur l’instant, sinon je donne son bon nom si possible quatre secondes après», confie Grégoire Margotton. Tout pour la fluidité. Autre écueil: éviter la répétition des termes. «Mon truc, livre Sean Plott, c’est de construire mon histoire à partir de séquences courtes de 15 secondes». Une partie de «Starcraft2» court sur une vingtaine de minutes.

En duo, Pomf et Thud pratiquent la répartition des rôles. Pour, Thud le rôle de «consultant», Pour Pomf, celui de «présentateur». Le premier, «plus pointu dans la connaissance du jeu et du palmarès», le second, qui «prend de la distance avec des aspects techniques, qui peuvent être rébarbatifs». Au premier, la froideur et la stratégie. Au deuxième, «l’affect et l’émotion». Seule règle: ne pas se couper la parole et privilégier le «divertissement». «Dans le jeu vidéo, assurent-ils, les commentateurs sont autant voire davantage importants que les joueurs. Car on interprète aussi la partie.»

Une partie de "Starcraft 2" commentée par Pomf et Thud

Joël Métreau

A suivre sur le Web
Les parties de "Starcraft 2" jouées lors de l'Iron Squid 2 seront visibles en direct sur Internet sur le site O'Gaming.
 

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