Patrick Bruel: «Les histoires d'amour qui se cassent la gueule, ça crée forcément plus d'inspiration»

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Publié le 23 novembre 2012.

INTERVIEW - Patrick Bruel revient à la chanson avec «Lequel de nous», son 9e album qui sort lundi, le premier en six ans...

Vous travaillez depuis longtemps sur cet album?

Oui et non. J’avais des débuts de chansons, des musiques, des thèmes, des envies de… (il s’arrête de parler parce qu’il reçoit une photo sur son téléphone) Oh regardez, c’est une photo de moi avec Puff Daddy, hier soir à la télé. Bref, le retard est dû à ça, à quatre ou cinq chansons importantes à mes yeux que je n’avais pas finies. Sinon, j’aurais fait cet album il y a trois ans.

Certaines chansons ont été faites il y a trois ans?

Oui, Les larmes de mon père, par exemple, je l’ai écrite en une seule nuit peu de temps après la révolution en Tunisie. Je me suis baladé 18 mois avec cette chanson avec la tentation de changer le texte. J’ai résisté malgré les analystes qui ont dit, a posteriori, que cette révolution avait ouvert la boîte de pandore. Mais moi je l’avais déjà écrite cette chanson sceptique avec Combien de murs, à propos du Mur de Berlin. Là, je voulais une chanson sensible, de l’instant.

Comment avez-vous trouvé le temps, dans votre agenda, de finir l’album?

A un moment, j’ai dû bloquer du temps. En mars, je me suis vraiment mis en studio, j’ai écrit beaucoup. Quelque part, je retardais l’échéance, je ne sais pas pourquoi…

Toutes les chansons d’amour de l’album sont au passé. Pourquoi?

Hum… Les chansons d’amour du précédent étaient au présent… Tout allait plutôt bien et ça faisait plutôt chier tout le monde d’ailleurs. Et là, avec mes histoires d’amour qui se cassent la gueule, ça crée forcément plus d’inspiration. D’ailleurs, c’est impressionnant comment la chanteuse L a su trouver les mots justes qui collaient à ma situation amoureuse sans me connaître.

Comment est née cette chanson, Les cigales s’en foutent?

J’avais très envie de travailler avec elle. J’avais adoré une chanson qu’elle a écrite pour Camélia Jordana. Je l’ai invitée chez Drucker pour la voir et je lui ai donné mon numéro en lui disant que j’avais envie de faire un truc avec elle. Je n’ai pas l’habitude de faire cette démarche-là, mais bon… Un mois, deux mois passent: pas de nouvelles. Je me disais: «Putain, merde, elle pourrait m’appeler!» Et en juin, elle m’appelle pour qu’on se voit rapidement. Elle m’a posé deux ou trois questions. Trois jours plus tard, elle me file cette chanson. Je l’ai fait piano-voix au studio, direct. J’ai attendu l’été pour voir comment la chanson voyageait. Et au moment de l’enregistrement, on a gardé la première prise du mois de juin, on n’a rien changé. Il y a quatre autres chansons comme ça dans l’album où on a gardé la première prise. C’est fou.

Comment ça se fait?

C’était le bon moment pour moi de faire cet album avec tous ces genres musicaux. Je n’ai pas hésité une seconde, pour rien, j’étais prêt, j’étais mûr. Je n’ai pas de doutes.

Même pour le morceau de rap avec La Fouine?

Pas du tout. Quand j’ai vu les réactions apeurées des gens à qui j’ai dit que j’allais faire ça, ça m’a rappelé les réactions quand j’ai fait l’album de chansons des années 1930. Et ça m’a tout de suite rassuré! Je savais que j’avais raison de le faire.

A l’inverse, vous avez enregistré des orchestrations très classiques...

Je viens du classique, je suis en frustration de ne pas être allé plus loin dans mon travail. J’étais doué donc je n’ai pas fait d’effort. Quand j’ai la chance d’avoir des orchestres aussi talentueux, je ne vais pas arriver avec des pauvres nappes de cordes. J’ai composé des musiques qui rappellent… Bon, je ne vais pas citer de noms, ce serait prétentieux. Mais qui rappellent les grands musiciens classiques du 19e siècle.

Chopin?

En tout cas les musiciens de Londres, je les ai vu découvrir mes musiques, ils avaient l’air impressionnés. Et ils ne me connaissaient pas les types.

Vous avez une vie privée en partie publique, ou du moins publiée. Est-ce que ce que vous savez de ce que les gens savent de vous entre en compte au moment de l’écriture?

L elle ne me connaissait pas et elle m’a envoyé cette chanson sur un mec seul… C’était ma vie. J’étais dans une situation personnelle disons, un peu bancale, c’est le moins qu’on puisse dire… Quand j’écris moi-même, je garde une pudeur qui permet aux choses de ne pas être claires. Par exemple, la chanson She’s gone, je l’ai depuis 2007, ça aurait pu raconter toutes mes ruptures en fait. Dont la plus récente. J’aime bien brouiller les choses.

Les chansons qui racontent votre vie sont plus ou moins dures à écrire et interpréter?

C’est pareil. Parce que même celles qui ne racontent pas ma vie me permettent de raconter des choses qui me touchent. Je ne suis pas journaliste de guerre et je n’ai pas de femme journaliste de guerre mais quand j’ai fait les concerts de solidarité pour vos collègues enlevés, je me suis retrouvé avec les familles. Je me suis mis à leur place. D’où une chanson sur le sujet.

Vous n’êtes pas allé en prison non plus…

Si mais très peu de temps. Je plaisante. Cette chanson sur un père qui ne va pas voir son fils grandir parce qu’il a fait une connerie, c’est un l’histoire de… Non, ça s’est trop personnel.

Propos recueillis par Benjamin Chapon
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